Concevoir la sécurité dès le départ : Les bonnes pratiques de Vito Ungaro, conseiller en prévention
Après avoir animé une session de formation sur la Safety by Design, nous nous sommes entretenus avec notre formateur afin de revenir sur les messages clés, les défis et les enseignements qui en sont ressortis.
Quel était l’objectif principal de la formation sur la Safety by Design ?
L’objectif était avant tout de sensibiliser les participants à une idée fondamentale : la sécurité commence bien plus tôt qu’on ne le pense généralement.
Lorsque l’on conçoit correctement une machine ou un processus dès le départ, on peut déjà éliminer un grand nombre de risques, ou à tout le moins réduire considérablement l’exposition des travailleurs à ceux-ci.
Trop souvent, la sécurité est prise en compte a posteriori, une fois qu’un problème est survenu. Ce que nous voulions mettre en évidence, c’est que de nombreux accidents peuvent en réalité être évités dès la phase de conception.
Vous dites que nous nous appuyons beaucoup sur la notion « d’erreur humaine ». Pourquoi remettez-vous cela en question ?
Parce que c’est souvent l’explication la plus facile. Bien sûr, l’erreur est humaine, c’est vrai. Mais si nous nous arrêtons à cette explication, nous passons à côté d’une grande partie du problème.
Avec les participants, nous avons réfléchi à la question suivante : comment concevoir des systèmes de manière à rendre les erreurs moins susceptibles de se produire dès le départ ? Ou, mieux encore, comment faire en sorte que certaines erreurs ne puissent pas être commises parce que le processus guide naturellement les personnes dans la bonne direction ?
Cela signifie mettre en place des mesures préventives, simplifier autant que possible les actions et concevoir des processus clairs et intuitifs. En fin de compte, il ne s’agit pas de blâmer les personnes, mais de les accompagner grâce à la conception.
Quel rôle la simplicité joue-t-elle dans la sécurité ?
Un rôle majeur. Plus un système est complexe, plus les possibilités qu’une erreur survienne sont nombreuses.
Bien sûr, certaines machines sont intrinsèquement complexes. Mais même dans ce cas, la manière dont les opérateurs interagissent avec elles devrait être aussi simple que possible.
Si un processus est facile à comprendre et à suivre, on réduit l’incertitude et, par conséquent, les risques. Concevoir dans un souci de simplicité, c’est souvent concevoir dans un souci de sécurité.
Vous avez également insisté sur l’idée que la sécurité n’est jamais « terminée ». Pouvez-vous nous en dire plus ?
Oui, c’est un message essentiel. La conception d’une machine ou d’un processus n’est pas un exercice que l’on réalise une fois pour toutes.
Même si tout semble correct sur le papier et au moment de la mise en service, la réalité apporte toujours de nouveaux enseignements. C’est là que les presque-accidents deviennent extrêmement précieux.
Un presque-accident n’est pas simplement un « événement qui n’a pas eu de conséquences ». C’est en réalité une occasion d’apprendre. Il doit alimenter une démarche d’amélioration continue.
L’idée est donc de créer une boucle : on conçoit, on met en œuvre, on observe, on apprend et on améliore. Et ce cycle ne s’arrête jamais vraiment.
Cette approche semble impliquer de nombreux rôles différents au sein d’une organisation. Qui devrait y participer ?
Tout le monde, en réalité. C’est pourquoi nous avons autant insisté sur la multidisciplinarité pendant la formation.
Il y a les conseillers en prévention, qui identifient les éventuelles lacunes, les ingénieurs, qui conçoivent les systèmes, les professionnels HSE, qui apportent une perspective fondée sur les risques, et bien sûr les travailleurs eux-mêmes, qui sont directement confrontés à la réalité du terrain.
Chacun apporte un regard différent. Lorsque l’on réunit ces perspectives suffisamment tôt dans la phase de conception, on améliore considérablement la qualité — et la sécurité — du résultat.
Ces principes de conception sont-ils généralement complexes à mettre en œuvre ?
Pas toujours, et c’est justement ce qui les rend encore plus intéressants.
Nombreuses sont les suggestions qui relèvent de ce que nous appelons les « quick wins ». Elles ne nécessitent ni investissements majeurs ni vastes programmes de transformation. Parfois, de petits ajustements peuvent faire une grande différence en matière de sécurité et d’efficacité.
C’est également un message important pour le management : améliorer la sécurité ne signifie pas toujours engager des coûts importants. Il peut simplement s’agir de faire des choix de conception plus judicieux.
Si vous deviez laisser aux organisations un seul message clé, quel serait-il ?
Améliorer la sécurité ne consiste pas à ajouter toujours plus de règles.
Il s’agit de concevoir des systèmes dans lesquels la bonne action devient l’option la plus simple, et parfois même la seule possible. Lorsque l’on atteint ce stade, on passe d’une logique de réaction face aux problèmes à une logique de prévention. Et c’est là que les véritables progrès commencent.